Un escalier ERP est un escalier situé dans un établissement recevant du public : sa largeur, ses marches et ses mains courantes obéissent au règlement de sécurité et à l'arrêté du 20 avril 2017 sur l'accessibilité. En bâtiment neuf, la marche ne dépasse pas 16 cm de haut pour un giron d'au moins 28 cm, avec une largeur minimale de 1,20 m entre mains courantes.
Les points à retenir avant de dessiner
- Deux textes s'appliquent en même temps : la sécurité incendie (largeur, nombre d'unités de passage) et l'accessibilité (marches, mains courantes, contraste visuel).
- ERP neuf : marche de 16 cm maximum, giron de 28 cm minimum, 1,20 m entre mains courantes. ERP existant : 17 cm, 28 cm et 1,00 m.
- Le bois est admis, mais le classement au feu des matériaux et la position de l'escalier se valident avec le bureau de contrôle.
Quelles sont les normes pour escaliers ERP ?
Un escalier dans un ERP ne relève pas d'une seule norme mais de plusieurs textes qui se superposent. Le code de la construction et de l'habitation pose le cadre ; deux arrêtés en précisent les règles à respecter pour chaque ouvrage.
- Le règlement de sécurité contre l'incendie (arrêté du 25 juin 1980, version en vigueur) : ses dispositions générales sur les dégagements, articles CO 49 et suivants, fixent la largeur des escaliers, le nombre de marches par volée et la place des escaliers de secours.
- L'arrêté du 20 avril 2017 sur l'accessibilité des ERP neufs : son article 7 décrit les dimensions obligatoires des marches, les mains courantes, les nez de marches et l'éclairage.
- L'arrêté du 8 décembre 2014, qui applique des exigences assouplies aux établissements existants et aux installations ouvertes au public situées dans un cadre bâti existant.
La logique n'est pas la même que pour un logement. Dans une maison individuelle, la règle de confort suffit, et la loi de Blondel appliquée au calcul des marches guide le tracé. Dans un ERP, la réglementation vise la sécurité d'un public qui ne connaît pas les lieux : une personne âgée, un enfant, un utilisateur en situation de handicap ou une foule qui évacue. Ces normes d'accessibilité concernent toute personne à mobilité réduite, et pas seulement les usagers en fauteuil, qui emprunteront l'ascenseur ou un plan incliné.
La catégorie de l'établissement (de la 1re à la 5e selon l'effectif) et son type (magasin, restaurant, salle de spectacle, local d'enseignement) modulent certaines exigences, surtout côté incendie. Le socle d'accessibilité, lui, vaut pour tous.
Largeur de l'escalier : l'unité de passage
La largeur d'un escalier ERP se calcule en unités de passage (UP), notion du règlement de sécurité. Une unité de passage correspond à la largeur nécessaire au passage d'une personne en cas d'évacuation :
- 1 unité de passage : 0,90 m ;
- 2 unités de passage : 1,40 m ;
- au-delà, chaque unité supplémentaire ajoute 0,60 m (3 UP = 2,00 m, 4 UP = 2,60 m).
Le nombre d'unités dépend de l'effectif de l'étage desservi et du nombre d'escaliers desservant ce niveau. Un étage accueillant peu de public peut se contenter d'un dégagement étroit ; dès que l'effectif augmente, le règlement exige au moins deux escaliers et une largeur plus importante. La largeur se mesure entre parois, ou entre mains courantes lorsque celles-ci dépassent de plus de 10 cm.
La distance à parcourir depuis un local jusqu'à l'escalier le plus proche est elle aussi limitée : le règlement précise ces longueurs pour garantir une sortie rapide du public. Chaque escalier desservant les étages doit ainsi rester dégagé de mur à mur sur toute sa largeur, sans équipement qui réduise le passage.
L'accessibilité ajoute sa propre largeur minimale : 1,20 m entre mains courantes dans un ERP neuf, 1,00 m dans un bâtiment existant. On retient la valeur la plus contraignante des deux textes. Pour un escalier droit à 2 UP, les 1,40 m de la sécurité incendie couvrent déjà l'exigence PMR ; pour un escalier à 1 UP, c'est l'accessibilité qui impose de monter à 1,20 m. Un escalier extérieur situé sur le cheminement d'accès suit des règles identiques ; une rampe ou un équipement élévateur complète alors l'accès PMR.
Le règlement limite aussi la longueur des volées : une volée ne compte pas plus de 25 marches. Au-delà, un palier de repos s'impose. Les escaliers tournants restent admis, à condition d'un balancement régulier des marches et d'un giron suffisant sur la ligne de foulée.
Quelles sont les dimensions des marches ERP ?
Les dimensions des marches sont la partie la plus contrôlée d'un escalier dans un ERP. Elles découlent de l'article 7 des arrêtés d'accessibilité, que le règlement de sécurité complète par sa propre fourchette.
| Exigence | ERP neufs (arrêté 2017) | ERP existant (arrêté 2014) |
|---|---|---|
| Hauteur des marches | 16 cm maximum | 17 cm maximum |
| Giron | 28 cm minimum | 28 cm minimum |
| Largeur entre mains courantes | 1,20 m minimum | 1,00 m minimum |
| Mains courantes | De chaque côté | De chaque côté |
| Éveil de la vigilance (palier supérieur) | Obligatoire | Obligatoire (sauf impossibilité technique) |
Le règlement de sécurité encadre de son côté la hauteur des marches entre 13 et 17 cm et le giron entre 28 et 36 cm, avec la relation 60 cm ≤ 2h + g ≤ 64 cm. Un escalier de secours ou un escalier d'un ERP neuf doit donc satisfaire les deux textes : une hauteur comprise entre 13 et 16 cm, un giron entre 28 et 36 cm. Pour vérifier la hauteur des marches et son effet sur le confort de montée, le calcul reste le même qu'en maison, seules les bornes changent.
La hauteur doit être constante sur toute la volée. Une première ou une dernière marche plus haute que les autres, fréquente quand le sol fini a été mal anticipé, suffit à rendre l'ouvrage non conforme au contrôle.
Le nez de marche et la contremarche
Les nez de marches doivent être visuellement contrastés par rapport au reste de l'escalier, non glissants et sans débord excessif par rapport à la contremarche. Un revêtement antidérapant ou une bande rapportée en aluminium avec insert contrasté répondent à cette exigence. La première et la dernière marche portent une contremarche d'une hauteur minimale de 10 cm, elle aussi contrastée visuellement : l'utilisateur malvoyant repère ainsi le début et la fin de la volée. Les escaliers à marches ouvertes, sans contremarche, posent donc problème dans un ERP.
Main courante, garde-corps et éveil de vigilance
La main courante est obligatoire de chaque côté de l'escalier, quelle que soit sa largeur. L'arrêté fixe ses conditions :
- une hauteur comprise entre 0,80 m et 1,00 m, mesurée à la verticale des nez de marches ;
- un prolongement horizontal au-delà de la première et de la dernière marche de chaque volée, de la longueur d'une marche, sans créer d'obstacle à la circulation ;
- une section rigide et facilement préhensible, continue sur toute la longueur ;
- un contraste visuel avec la paroi qui la porte.
Une main courante en bois massif, fixée sur consoles à distance du mur, répond bien à ces exigences si son profil se saisit à pleine main. Le détail des profils et des fixations est traité dans notre dossier sur la main courante d'escalier et ses dimensions.
Le garde-corps protège du vide sur le côté ouvert de l'escalier et sur les paliers. La norme NF P01-012 fixe sa hauteur à 1,00 m (0,90 m lorsque la partie basse fait plus de 50 cm d'épaisseur) et limite les ouvertures pour qu'un enfant ne puisse pas passer. Sur une trémie ou une mezzanine accessible au public, le garde-corps et la main courante sont deux dispositifs distincts : le premier retient, la seconde guide.
En haut de chaque escalier, un revêtement de sol permettant l'éveil de la vigilance est posé à 0,50 m de la première marche descendante, sur toute la largeur. Ce dispositif podotactile, que l'on appelle couramment bande d'éveil de vigilance (BEV), prévient la personne malvoyante qu'une volée commence. Il n'est pas exigé en bas, où la main courante et la contremarche contrastée suffisent.
L'éclairage de l'escalier
L'escalier doit recevoir un éclairage suffisant, uniforme et sans éblouissement : l'arrêté de 2017 retient une valeur de 150 lux mesurée au sol en tout point. Lorsque l'éclairage fonctionne par temporisation, son extinction est progressive, et la mise en marche se fait par détection avant l'arrivée de l'utilisateur sur la première marche.
Quels matériaux pour un escalier ERP ?
Le bois n'est pas interdit dans un établissement recevant du public. Il est courant dans les restaurants, les boutiques, les gîtes et les salles municipales de petite catégorie. Ce qui compte, c'est la réaction au feu des matériaux et la stabilité de l'ouvrage, exigences qui dépendent de la catégorie, du type d'établissement et du rôle de l'escalier.
- Escalier encloisonné servant d'évacuation : ses parois et ses marches doivent présenter une réaction au feu et une stabilité définies par le règlement. Le bois massif reste possible dans certaines configurations, mais la conformité se démontre au cas par cas.
- Escalier non encloisonné reliant deux niveaux d'un seul volume : les exigences sont en général plus souples, notamment en 5e catégorie.
- Revêtements : vernis et finitions ne doivent pas dégrader le classement du support ; certains fabricants proposent des traitements ignifuges avec procès-verbal.
Le bureau de contrôle technique tranche ces questions sur plan, avant la fabrication. Mieux vaut le consulter dès le choix des essences : un chêne ou un hêtre massif en forte épaisseur se comporte mieux au feu qu'un panneau mince. L'état de surface compte aussi. Un vernis vitrifié brillant devient glissant avec l'usure ; un vernis mat antidérapant ou des bandes rapportées sur les nez de marches garantissent une meilleure adhérence dans la durée.
Comment construire un escalier ERP conforme ?
La mise en place d'un escalier dans un ERP suit une démarche administrative avant d'être un chantier de menuiserie. Les travaux qui modifient un établissement recevant du public passent par une autorisation.
- Dossier ERP : les travaux font l'objet d'une demande d'autorisation de construire, d'aménager ou de modifier un ERP (formulaire Cerfa 13824), avec une notice de sécurité et une notice d'accessibilité. Le plan de l'escalier y figure, cotes comprises.
- Avis des commissions : la commission de sécurité et la commission d'accessibilité examinent le dossier ; leur avis conditionne l'autorisation.
- Conception : le menuisier trace l'escalier en respectant les bornes de hauteur, de giron et de largeur, puis vérifie l'échappée et l'encombrement au sol. Un escalier sur mesure permet d'ajuster le tracé au plus près des exigences.
- Contrôle à la réception : le bureau de contrôle établit un rapport ; pour un ERP neuf, une attestation d'accessibilité est jointe à la déclaration d'achèvement des travaux.
Garantir la conformité sans surcoût suppose de trancher tôt. Une trémie trop courte oblige à augmenter la hauteur des marches, ce qui fait sortir l'ouvrage des bornes réglementaires. Un escalier quart tournant, souvent choisi pour gagner de la place, doit garantir un giron d'au moins 28 cm sur la ligne de foulée : les marches balancées demandent donc plus d'espace qu'en logement.
Un escalier mécanique, fréquent dans les centres commerciaux, ne remplace pas l'escalier fixe : il s'arrête en cas de coupure et ne sert pas à l'évacuation. Le plan précise donc l'utilisation de chaque équipement, et la notice d'accessibilité indique grâce à quel dispositif les PMR rejoignent l'étage suivant.
Et dans un ERP existant ?
Dans un bâtiment existant, l'arrêté de 2014 admet des dérogations pour impossibilité technique, préservation du patrimoine ou disproportion économique. Elles se demandent dans l'agenda d'accessibilité programmée ou dans le dossier de travaux. En pratique, on garde souvent l'escalier en place et l'on améliore ce qui peut l'être : ajout d'une seconde main courante, bandes de nez de marches contrastées, bande d'éveil de vigilance en haut, éclairage renforcé. Ces travaux légers garantissent déjà un meilleur usage de l'escalier pour le public.
Comment assurer la sécurité des escaliers ERP au quotidien ?
Un escalier conforme à la réception peut perdre sa conformité avec le temps. L'exploitant de l'établissement reste responsable de son état de service.
- Vérifier régulièrement la fixation des mains courantes et du garde-corps, en particulier sur les consoles vissées dans le bois.
- Remplacer les bandes antidérapantes usées ou décollées, première cause de glissade sur les nez de marches.
- Garder la circulation libre : aucun stockage, aucun présentoir, aucune porte ouvrant sur la volée.
- Contrôler l'éclairage et le balisage de secours, qui doivent guider le public vers la sortie en cas de coupure.
- Consigner ces vérifications dans le registre de sécurité, que les contrôleurs demanderont lors de leur visite.
Pour évaluer l'accessibilité d'un escalier ERP, un contrôle simple consiste à reprendre les cotes une par une : hauteur et giron de plusieurs marches, largeur entre mains courantes, hauteur de ces dernières, présence du contraste visuel et de la bande podotactile. Un diagnostic par un professionnel agréé reste nécessaire pour l'attestation, mais cette première lecture permet de chiffrer les corrections.
Questions fréquentes sur l'escalier ERP
- Quelles sont les obligations pour les ERP en matière d'escalier ?
- L'établissement doit respecter à la fois le règlement de sécurité incendie, qui fixe la largeur en unités de passage, et l'arrêté d'accessibilité, qui fixe marches, mains courantes, contrastes et éclairage.
- Un escalier en colimaçon est-il autorisé dans un ERP ?
- Il ne peut pas servir de dégagement accessible au public : son giron sur la ligne de foulée et sa largeur ne permettent pas d'atteindre les valeurs imposées. Il reste envisageable pour un accès de service réservé au personnel.
- Faut-il un ascenseur en plus de l'escalier ?
- Pour un ERP neuf, un ascenseur est obligatoire si l'étage accueille au moins 50 personnes ou si des prestations n'y sont offertes qu'à cet étage. L'escalier conforme reste exigé, car il sert aussi aux personnes qui ne prennent pas l'ascenseur.
Règles relevées en septembre 2026 dans l'arrêté du 20 avril 2017, l'arrêté du 8 décembre 2014 et le règlement de sécurité du 25 juin 1980, version en vigueur. Chaque projet reste soumis à l'avis des commissions compétentes.















